Que reste-t-il de l’Occident ?

Que reste-t-il de l’Occident ?

 

 

  • Accroche : Alors qu’au lendemain de l’effondrement du bloc soviétique achevé en 1990, Francis Fukuyama affirmait dans La fin de l’histoire et le dernier homme la victoire idéologique absolue et définitive des valeurs occidentales fondées sur la démocratie et le libéralisme économique, c’est aujourd’hui au contraire le thème du déclin de l’occident qui tend à s’imposer sur la scène des idées.

 

  • Définitions :
    • Le terme d’Occident se définit étymologiquement comme le lieu où le soleil se couche (Occidere), par opposition à l’Orient, lieu où le soleil se lève.
    • La notion d’Occident recouvre à la fois une zone et une civilisation:
      • La zone géographique correspond à l’espace euro-atlantique qui intègre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Océanie (Europe de l’Ouest, États-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande) ;
      • La civilisation occidentale est fondée sur une croyance dans le progrès dans une double acception:
        • Un progrès moral fondé sur l’émancipation par la raison, l’universalité du Droit et l’égalité des êtres humains ;
        • Un progrès technologique et scientifique qui s’inscrit dans le cadre du marché capitaliste et libéral ;
  • Si l’Occident recouvre une réalité évolutive dans l’histoire, force est de constater que cet ensemble conserve aujourd’hui sa pertinence et sa force :
    • Malgré les dissensions et les tensions qui peuvent le traverser, l’Occident conserve une réelle homogénéité fondée sur une croyance partagée dans des valeurs que l’on peut encore qualifier d’occidentales, au moins dans leur genèse : les notions d’individu, de droits de l’homme, d’état de droit, de liberté individuelle.
      • Cette cohérence est renforcée du fait des défis qui lui sont adressés sur le plan géopolitique, avec la montée de l’islam notamment, et sur le plan économique avec la montée en puissance des émergents (BRICS) ;
    • En outre, l’Occident garde une influence considérable dans le monde actuel, et conserve les attributs de la puissance :
      • À eux deux, l’Union européenne et les États-Unis représentent la moitié du PIB mondial ;
      • A eux seuls, les États-Unis représentent plus d’un tiers (600 Mds en 2016) des dépenses militaires mondiales ;
  • Cependant, l’Occident est en proie à une crise majeure dans la période récente :
    • Le thème du déclin de l’Occident semble récurrent dans l’Histoire et doit donc être abordé avec précaution :
      • Oswald Spengler, Le Déclin de l’Occident, 1918-1922: Dès les années 1920, Spengler met en place une philosophie de l’Histoire qui prédit le déclin de l’occident en tant que civilisation du fait de son « âme faustienne » ;
    • Mais les signes d’une crise de grande ampleur de l’Occident ne peuvent aujourd’hui être ignorés :
      • L’Occident est de plus en plus concurrencé : le monde unipolaire des années 1990 tend à laisser place à un monde multipolaire, avec l’éveil des émergents ;
      • L’Occident subit une crise d’identité : alors que la guerre froide maintenait l’unité du « bloc occidental », la multipolarisation du monde tend aujourd’hui à interroger la pertinence de cette notion ;
      • Surtout, l’Occident subit une crise de finalité (de sens), dans la mesure où la croyance dans le Progrès (scientifique et moral) qui constitue son soubassement idéologique depuis la période des Lumières s’est trouvée profondément remise en cause au XXe siècle. Non seulement l’aire civilisationnelle occidentale est partiellement responsable des plus grandes catastrophes morales du XXe siècle mais le modèle de développement occidental actuel est porteur de risques importants pour l’ensemble de la planète.

 

  • Problématique : L’idée d’Occident mérite-t-elle encore d’être défendue ?

 

I) Si la notion d’Occident recouvre une réalité diverse et mouvante dans l’histoire, elle trouve sa pertinence et son unité dans le singulier projet de civilisation qui y fut entrepris

A. L’Occident recouvre une réalité mouvante dans l’Histoire, dont les figures successives se sont dessinées dans le cadre d’interactions souvent conflictuelles avec les autres aires civilisationnelles

  1. La naissance de l’Occident peut être datée en 285 avec la division de l’empire romain

La naissance de l’occident découle de la division de l’Empire Romain en 285, et s’affirme véritablement au tournant du premier millénaire :

  • Une rupture culturelle : En 285, l’empire romain se divise entre:
    • L’Empire romain d’Occident, qui utilise l’alphabet latin  et se forme autour de Rome ;
    • L’Empire romain d’Orient qui utilise l’alphabet grec et qui se constitue autour de Constantinople ;
  • Une rupture religieuse : le schisme du Filioque en 1054 et le sac de Constantinople en 1204 par les croisés latins consacrent la rupture entre la chrétienté d’occident catholique et la chrétienté d’Orient orthodoxe.
    • Depuis lors, la ligne Riga-Split coupe l’Europe en deux ;
      • Aujourd’hui, la guerre ukrainienne du Donbass, qui oppose l’Ukraine de l’Est, regardant vers la Russie, et l’Ukraine de l’Ouest regardant vers l’Europe, recoupe précisément cette ligne Riga Split et témoigne de l’acuité encore présente de cette scission.
  1. L’Occident a adopté plusieurs figures dans l’Histoire, qui évoluent en fonction de ses rapports avec les autres grandes aires civilisationnelles

L’Occident a adopté plusieurs figures dans l’histoire, qui évoluent en fonction de ses rapports avec les autres grandes aires civilisationnelles :

  • Tout au long du second millénaire de notre ère (à partir de l’an mille), l’Occident se pense par opposition à autres deux ensembles religieux  :
    • Un Orient orthodoxe, dont le cœur se trouve initialement à Kiev et se déplacera pour aboutir à Moscou ;
    • Un Orient musulman : cette fois l’Occident chrétien (à la fois orthodoxe et catholique) s’oppose à l’islam :
      • L’opposition s’engage réellement avec les croisades lancées au XIe siècle ;
      • L’opposition se cristallise ensuite contre l’empire Ottoman :
        • En 1253, la reprise de Constantinople aboutit à la chute de l’empire romain d’orient ;
        • L’empire Ottoman restera en place de 1299 à 1923. 
  • Au XXe siècle, la figure de l’occident se redessine à travers la division du monde bipolaire entre l’occident démocratique et l’URSS soviétique :
    • D’une part, le monde tend à se diviser en deux blocs à travers l’opposition entre un bloc de l’Est et un bloc de l’Ouest:
      • Churchill, Discours de Fulton, 1946 : « De Stettin dans la Baltique jusqu’à Trieste dans l’Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent »
      • Le symbole de la division Est-Ouest est le mur de Berlin érigé en 1961 à la frontière entre Berlin Est et Berlin Ouest, et qui ne tombera qu’en 1989 ;
    • D’autre part, dans le cadre de ce conflit, l’Occident renforce son unité :
      • L’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), née en 1949 est une organisation politico-militaire qui rassemble de nombreux pays occidentaux, dont le but premier est d’assurer leur défense commune contre les menaces extérieures. L’Alliance avait pour vocation initiale d’assurer la sécurité du continent européen après la Seconde Guerre mondiale, en prévenant d’éventuels soubresauts d’impérialisme allemand et en s’opposant à toute tentative expansionniste de l’Union soviétique :
        • L’OTAN est notamment fondée sur l’article 5 du Traité de Washington qui prévoit qu’en cas d’attaque contre l’un d’entre eux, chaque État « prendra telle action qui lui paraîtra nécessaire » ;
        • Entre 1955 et 1991, l’adversaire désigné de l’OTAN prend la forme du Pacte de Varsovie, une organisation de sécurité collective sous influence soviétique créée à la suite de l’intégration militaire de la RFA au bloc de l’Ouest et se présentant comme politiquement et militairement symétrique à l’Alliance atlantique ;
        • Depuis la dissolution de l’URSS en 1991, l’organisation a dû faire face à de nouvelles menaces, comme les revendications nationalistes dans l’ancien bloc communiste et l’essor du terrorisme international.
  • Au XXIe siècle, à partir du 11 septembre 2001 notamment, la figure de l’Occident semble se redessiner contre celle de l’Orient musulman :
    • Samuel Huntington, Le choc des civilisations : Le projet de Huntington est d’élaborer un nouveau modèle conceptuel pour décrire le fonctionnement des relations internationales après l’effondrement du bloc soviétique à la fin des années 1980. Il indique que nous sommes passés d’un monde bipolaire fondé sur l’opposition entre le monde occidental et le monde communiste, à un monde multipolaire où les oppositions ne sont plus idéologiques, économiques et politiques (comme durant la guerre froide), mais culturelles. Les civilisations se définissent en termes de religion, de langue, d’histoire, de valeurs, d’habitudes et d’institutions. Ce nouveau monde multipolaire est en fait un monde multi-civilisationnel, que Huntington scinde en 9 civilisations, parmi lesquels on distingue notamment la civilisation chinoise, la civilisation islamique, la civilisation occidentale ou encore la civilisation orthodoxe. Ces espaces culturels et « civilisationnels », dans lesquelles le substrat religieux tient une place centrale, sont selon l’auteur irrémédiablement amenés à entretenir des relations conflictuelles.
      • Huntington insiste tout particulièrement sur la logique conflictuelle qui se noue entre l’Occident et l’Islam, dans la mesure où ils sont tous deux des universalismes, avec une volonté assumée d’expansion.

 

B. Par-delà la succession de ses figures historiques, la notion d’Occident trouve sa pertinence et son unité dans le singulier projet de civilisation qui y fut entrepris

  1. De façon dynamique, l’Occident peut d’abord être conçu comme un long processus de civilisation

De façon dynamique, l’Occident peut d’abord être conçu comme un long processus de civilisation :

  • Norbert Elias, Le processus de civilisation, La dynamique de l’Occident : analyse la civilisation occidentale comme le produit d’un processus séculaire de maîtrise des instincts, d’apprivoisement des désirs et de domestication des pulsions humaines les plus profondes. Ainsi le processus de civilisation se définit avant tout comme une intériorisation des valeurs de modération par les individus. Elias considère que l’organisation sociale des cours royales a joué un rôle majeur dans cette lente évolution. L’auteur parle de « curialisation des sociétés européennes », c’est-à-dire de l’extension des pratiques de la cour à l’ensemble de la société.
    • La cour, en particulier le Versailles de Louis XIV, qui était le modèle des cours européennes à l’époque classique, imposait en effet à ses membres :
      • Une pacification des mœurs dont l’interdiction du duel est le symbole ;
      • Un contrôle de soi extrême, en particulier sur les pulsions agressives, débouchant sur une distanciation intellectuelle par rapport aux conduites (ne rien laisser paraître, affecter l’indifférence) et sur l’importance nouvelle donnée à la parole et à un langage « noble », « raffiné », « distingué » dont la préciosité est une forme caricaturale ;
      • La « société de cour » a ainsi favorisé la réflexion sur soi, en particulier sur les pulsions et les émotions contraintes et refoulées, réflexion d’analyse psychologique dont des écrivains comme La Rochefoucauld (Réflexions ou sentences et maximes morales) ou Saint-Simon sont des représentants exemplaires.
    • Au XIXe siècle, le processus de civilisation s’étendra à la bourgeoisie puis aux classes populaires.

 

  1. Plus fondamentalement, l’Occident constitue aujourd’hui encore un projet de civilisation singulier et ambitieux, indissociable de l’idée de Progrès

Depuis la période des Lumières, l’Occident constitue avant tout un projet de civilisation singulier et ambitieux, qui s’est principalement noué autour de l’idée de progrès:

  • D’une part, le progrès technoscientifique en tant que moyen d’amélioration de la condition humaine :
    • Francis Bacon, La Nouvelle Atlantide, 1627: engage une « Grande restauration » de la science, se montrant persuadé que le progrès des connaissances doit entraîner à terme une amélioration des conditions humaines. Dans la Nouvelle Atlantide, Bacon imagine une cité idéale gouvernée par des sages tournés vers les sciences et les techniques.
    • Descartes, Discours de la Méthode, 1637 : en découvrant par la connaissance critique les lois de la nature, l’homme peut au contraire se « rendre comme  maître et possesseur de la nature ». 
  • D’autre part le progrès moral au plan individuel et collectif :
    • L’émancipation par la raison au plan individuel :
      • Kant, Qu’est-ce que les lumières, 1784 : « Les lumières c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. Sapere Aude : Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des lumières ».
    • L’affirmation des droits de l’homme au plan collectif : l’idée de liberté individuelle, de libre expression et communication, sont des idées singulièrement occidentales, au moins dans leur genèse.

 

II) Aujourd’hui confrontée à une crise profonde, l’idée d’Occident mérite d’être défendue

A. L’idée même d’Occident traverse aujourd’hui une crise profonde

  1. L’Occident traverse aujourd’hui une crise profonde de finalité

Malgré sa domination évidente en terme économique, technoscientifique ou encore géopolitique, il est de fait que l’Occident est aujourd’hui en proie à une crise profonde de finalité, qui tient principalement à la remise en cause radicale au XXe siècle de l’idée de Progrès (voir ici mon article sur le Progrès) qui constitue encore son soubassement philosophique majeur :

  • Au XXe siècle, c’est en Occident qu’ont eu lieu plusieurs des principales catastrophes morales qui ont marqué le « Siècle des excès » (Patrice Touchard) :
    • Les conflits fratricides qu’ont constitué les deux guerres mondiales :
      • Paul Valéry, La crise de l’esprit, 1919: « Nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie ».
    • La technique a été mise au service de l’extermination industrialisée des juifs notamment : 5 à 6 millions de morts
    • Le projet Manhattan, lancé par Roosevelt en 1942, aboutit à l’invention de la bombe A, utilisée à Hiroshima et Nagasaki en 1945
  • Aujourd’hui, le « modèle de développement occidental », fondé sur l’impératif de croissance économique et d’innovation technique, semble aussi brutalement remis en cause :
    • Du fait des risques industriels qui font aujourd’hui de nos sociétés des « sociétés du risque » :
      • Ulrich Beck, La Société du risque, 1986 : les sociétés occidentales sont devenues des « manufactures du risque », qui génèrent leurs propres risques. On n’échange pas seulement des biens, mais aussi des maux. Le risque actuel n’est plus le risque social, mais le risque technique, de sorte que le destin de l’homme n’est plus menacé par la misère mais par le risque industriel. Beck insiste sur deux phénomènes : la mondialisation des échanges qui permet à un produit dangereux de se répandre aisément, la concentration des richesses et des hommes qui rend d’autant plus systémique l’occurrence d’une catastrophe ;
    • Du fait de l’épuisement de nos ressources naturelles et du réchauffement climatique :
      • Rapport Halte à la croissance ? commandé par le club de Rome au MIT en 1972 : met en avant le risque d’incompatibilité entre les rythmes des croissances économiques et démographiques et le caractère limité des ressources de la planète, en matière alimentaire notamment ;
      • GIEC, 5e Rapport, 2014 : avance plusieurs chiffres : La hausse de la température s’élève :
        • À 0,85° C entre 1880 et 2012
        • À 4,8° C en 2100 par rapport à 1986 si les émissions de gaz à effet continuent à leur rythme actuel
      • GIEC, 6e Rapport, 2018:
        • Les scientifiques exposent les conséquences d’un réchauffement des températures au-delà de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels :
          • Ces conséquences sont multiples : vagues de chaleur, extinctions d’espèces, déstabilisation des calottes polaires, montée des océans sur le long terme;
        • En outre, les experts du GIEC avancent que si rien n’est fait pour infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre, on observera une hausse des températures de 5,5° C en 2100 par rapport à l’ère industrielle.

Cette crise de finalité favorise aujourd’hui un discours d’autodénigrement systématique, qui favorise l’immobilisme et tend à éluder la profonde richesse de l’héritage occidental :

  • Jacques Ellul, Trahison de l’occident : Jacques Ellul met en avant la tendance à l’autodénigrement de l’occident, qu’il attribue aux expériences du XXe siècle : « Seule la négation de tout ce qui est occidental, de tout ce que l’Occident a produit peut aujourd’hui satisfaire les hommes de ce même Occident. Nous assistons dans toute l’Europe et l’Amérique à une sorte de mystère, nous sommes pris dans une procession gigantesque de flagellants qui se déchirent mutuellement, et eux-mêmes, avec les pires fouets »
    • Ellul dénonce cette frénésie autodestructrice dans laquelle s’est manifestement engagé l’Occident, qu’il attribue principalement à sa classe intellectuelle. Pour lui au contraire, l’Occident demeure un précieux héritage « qu’il eût fallu conserver soigneusement comme point de départ éventuel possible de toute une espérance ». L’Occident demeure en effet le foyer d’où ont jailli les idées de raison, de liberté, d’état de droit et d’individu ;
    • Et Ellul de conclure : « J’aime l’Occident malgré ses vices et ses crimes. J’aime la vision des prophètes et la grâce du Parthénon, j’aime l’ordre romain et les cathédrales, j’aime la raison et la passion de la liberté, j’aime la perfection de ses campagnes, la mesure de ses produits et la grandeur de son projet, j’aime l’Occident ».
  • Pascal Bruckner, La Tyrannie de la pénitence, essai sur le masochisme occidental : Bruckner prolonge cette réflexion en précisant cependant que le masochisme occidental est principalement le fait de l’Europe : « L’Europe n’a pas de pire ennemi qu’elle-même, sa culpabilité taraudante, le scrupule poussé jusqu’à la paralysie. Comment voulons-nous être respectés si nous ne nous respectons pas, si nous ne cessons pas, par médias et littérature interposés, de nous dépeindre sous les traits les plus négatifs ? »

 

  1. L’Occident est aussi directement menacé et concurrencé

Cette crise de finalité est d’autant plus alarmante que l’Occident est directement menacé :

  • En matière économique par la montée en puissance des autres sphères civilisationnelles, et notamment par la sphère asiatique.
    • BRICS est un acronyme anglais pour désigner un groupe de cinq pays qui se réunissent depuis 2011 en sommets annuels : Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud (en anglais : Brazil, Russia, India, China, South Africa).
  • En matière sécuritaire :
    • L’uni-polarité occidentale autour des États-Unis laisse place à un monde multipolaire, avec notamment le rôle de la Chine et de la Russie :
      • En termes de dépenses militaires :
        • La Chine qui dépense chaque année 200 Md $
        • La Russie qui dépense chaque année 80 Md $ (soit 4.5% de son PIB)
      • La Russie a plusieurs fois directement fait face à l’Occident :
        • En 2008, la Russie intervient militairement en Géorgie pour contraindre cette dernière à reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.
        • En 2014, la Crimée proclame son indépendance et vote pour son rattachement à la Russie, rattachement reconnu par la Russie, provoquant une crise diplomatique internationale.
      • L’Occident fait en outre face au risque terroriste sur son territoire même :
        • Le rejet radical des valeurs occidentales par une partie des populations des pays occidentaux s’est manifesté à travers les départs vers les zones djihadistes :
          • Au total, plus de 85 nationalités sont représentées parmi les personnes ayant rejoint les rangs de l’Etat Islamique.

B. Face aux défis auxquels il est confronté, le projet de civilisation occidental mérite d’être défendu

  1. L’Occident présente encore des atouts majeurs

Régis Debray, Occident, fiche clinique (Revue médium) met en avant plusieurs forces et de l’Occident :

  • Premièrement, une cohésion sans précédent sous l’égide de Washington, acceptée par tous. Dans un monde multipolaire, l’Occident est le seul ensemble unipolaire : « L’Occident n’a qu’un numéro de téléphone en cas de crise, la Maison Blanche ».
    • À l’inverse « aucun Asiatique ne se définit comme tel »
  • Deuxièmement, le monopole de l’universel : « l’Occident est la seule fraction du monde capable de représenter ses intérêts particuliers comme ceux de l’humanité en général ».
    • L’expression la plus élevée de la conscience universelle, l’ONU, se situe à New York, au cœur de l’hyperpuissance, la seule qui dispose de bases militaires sur les cinq continents.
  • Troisièmement, l’Occident c’est aussi l’école des cadres de la planète. « Comme tout empire, l’occident sait interner les allogènes», et l’occident reste aujourd’hui « la DRH planétaire » 
  • Quatrièmement, le formatage des sensibilités humaines, ce qu’on appelle aussi le soft power (notion développé par l’universitaire américain Joseph Nye dans Soft Power: The Means To Success In World Politics), qui est une façon d’imprimer l’imaginaire du monde entier.
    • L’Ouest a gagné la guerre froide par le jazz, les Beatles et les seins nus autant que par la force financière et militaire ;
    • Aujourd’hui, les dix premières agences de publicité sont occidentales ;
    • Les prix Nobel et les brevets assurent à l’Occident une formidable suprématie ;
    • « Au Vietnam, les GI ont perdu, mais Coca-Cola a gagné la guerre » (Debray) ;
  • Cinquièmement, l’innovation technique :
    • En 2016, les États-Unis ont dépassé le record mondial de dépôt de brevets et les universités américaines demeurent en tête du classement de Shanghai.

Debray conclut : « Qu’on le regrette ou qu’on s’en félicite, l’Occident continue de tenir la corde et l’annonce de la mort de l’Occident est très prématurée ».

  1. La coopération occidentale est fondamentale pour faire face aux défis qui le menacent

Face aux défis et aux menaces qui le guettent, l’Occident doit demeurer un espace de coopération efficace :

  • En matière économique, les accords de libre-échange multilatéraux tendent à se développer au sein de l’Occident, avec :
    • Le traité transatlantique (TAFTA) entre l’UE et les États-Unis dont les négociations ont officiellement été gelées en 2016, mais qui pourraient reprendre sur des bases plus solides.
    • L’accord de libre-échange avec le Canada (CETA) a quant à lui été signé en 2016 et est entré en vigueur en septembre 2017 : l’accord réduit drastiquement les barrières tarifaires et non-tarifaires, mais traite également de nombreux aspects liés à l’exportation de biens et de services et à la mise en place d’un cadre d’investissement stable et favorable aux entreprises européennes et canadiennes. En pratique, il doit réduire la quasi-totalité – près de 99% – des barrières d’importations, permettre aux entreprises canadiennes et européennes de participer aux marchés publics, de services et d’investissements de l’autre partenaire et renforcer la coopération entre le Canada et l’UE en termes de régulation économique.
  • En matière sécuritaire, l’OTAN demeure une structure nécessaire à la sécurité occidentale :
    • À la différence d’un traité d’alliance classique, l’OTAN est dotée d’organes permanents, une administration civile basée à Bruxelles et des organes militaires :
      • L’état-major de l’Alliance (SHAPE) est basé à Mons en Belgique.
        • Son chef est toujours un général américain (son adjoint est allemand ou britannique) qui commande les forces des États-Unis en Europe.
      • En outre, l’OTAN dispose d’un commandement stratégique à Norfolk (États-Unis) et de trois commandements « opérationnels » à Brunssum (Pays-Bas), Lisbonne et Naples.
    • Malgré la fin de la guerre froide, l’OTAN a conservé une grande force d’attraction :
      • La France, qui avait quitté le commandement intégré de l’OTAN en 1966 sur la décision du général de Gaulle, l’a réintégré en 2009 ;
      • Constituée à l’origine de 12 membres, l’OTAN comprend aujourd’hui 29 membres ;
      • Notamment, après la chute de l’URSS, une nouvelle vague d’expansion a déplacé le centre de gravité de l’organisation vers l’Europe de l’est : elle a intégré le territoire de l’ex République Démocratique Allemande (RDA) en 1990, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie en 1999, les trois États baltes, la Slovénie, la Slovaquie, la Roumanie et la Bulgarie en 2004, enfin l’Albanie et la Croatie en 2009.
      • Le Monténégro a rejoint l’alliance en 2017.
    • Par ailleurs, largement inactive pendant la guerre froide, où elle se préparait à l’attaque soviétique, l’Alliance est devenue opérationnelle dans les années 1990:
      • Elle a multiplié les interventions au service de la paix sur le continent européen, en relayant, plus efficacement que l’ONU, les objectifs politiques des États occidentaux :
        • Déploiement en Bosnie en 1995 pour appliquer les accords de Dayton,
        • Bombardement de la Serbie en 1999 puis occupation du Kosovo par la KFOR.
      • Le 11 septembre 2001 a vu la première invocation par l’Alliance de l’article 5 avec :
        • L’envoi, sur le lointain terrain afghan, d’une force multinationale que l’OTAN commande de 2003 à 2014.
        • La mise en place d’une mission de sécurisation en méditerranée depuis 2001 et encore active (Sea Guardian) visant la recherche et la neutralisation des groupes terroristes
      • Enfin, en 2011, l’OTAN a lancé l’opération Protecteur unifié contre le régime libyen entraînant la chute du colonel Kadhafi.
      • En 2017, L’OTAN s’est engagée à rejoindre la coalition internationale de lutte contre l’Etat islamique.

 

Pour aller plus loin :

  • Ici une vidéo-conférence de Régis Debray à l’Institut des hautes études de défense nationale sur le sujet « Forces et faiblesses de l’Occident » qui reprend largement son texte publié dans la Revue Médium L’Occident, fiche clinique; 
  • Ici une vidéo-conférence du journaliste Renaud Girard sur le thème Que reste-t-il de l’Occident?, où il évoque principalement les enjeux géopolitiques contemporains de l’Occident;

5 commentaires sur “Que reste-t-il de l’Occident ?

  1. Merci pour ces « billes » qui nous renseignent avec précision sur la place que nous occupons dans le monde tout en ouvrant des pistes de réflexion. Un beau travail ! Intéressant aussi de voir ta vision sur la crise actuelle, sur la société de demain sur l’effondrement possible de l’humanité dont les valeurs économiques et morales sont en berne comme rarement ces dernières années.

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